Dans ma démarche artistique de styliste de décoration, mon improbable rencontre avec l’argile a été une révélation, une évidence, bien vite transformée en passion.
Autodidacte, soutenue par des cours collectifs auprès des céramistes, Nathalie Domingo, Beatriz Trepat et un cursus d’élaboration d’émail (diagrammes de Daniel de Montmolin) avec Véronique Depondt, j’ai élaboré mes pièces en totale liberté avec du grès ou de la porcelaine sur lesquelles je superpose mes émaux. Leurs élaborations, leurs superpositions sont basées sur une expérimentation, un travail rigoureusement évalué et noté.
Je poursuis ma quête avec une curiosité incessante des savoir-faire et des techniques de céramiste du monde entier.
Depuis 4 ans, j’ai le plaisir d’avoir intégré le collectif de céramistes de la Station Galerie à Vaison la Romaine. Celle-ci m’offre l’opportunité d’une exposition solo sur mon travail de sculpture: les Ebahis.
Les Ebahis – Récit de leur apparition
Au départ il y avait la terre. Un bloc de terre qui ne savait rien de ce qu’il allait devenir. Je lui donnai de l’eau, il devint souple. Mes mains le pressèrent, le creusèrent, l’assemblèrent. Elles pensaient façonner de simples formes, elles ignoraient qu’elles étaient en train de donner naissance à un peuple. Ils naquirent un à un, tous différents, pourtant chacun reçut deux grands yeux ronds et dans la bouche, 2 petites dents séparées par un espace, comme si une question y avait élu domicile.
Je les installais dans le four et la porte se referma. Dans cet habitacle clos, la chaleur incandescente leur retira la possibilité de redevenir boue, en échange, elle leur donna celle de durer. Lorsque j’ouvris la porte, la lumière entra d’un coup, ils virent d’abord mes mains qui les avaient façonnés, puis mon visage penché sur eux.
Je les appelais les Ebahis parce qu’ils regardaient chaque chose comme si elles venaient, elles aussi, de sortir du four.